Introduction

Afin de mieux comprendre comment se sont orchestrés les événements qui ont débouché sur l'inimaginable question de la solution finale, et par conséquent au sort des 24 enfants juifs arrêtés dans les Landes, il convient d'observer la situation politique de l'Allemagne dans l'entre deux guerres et la façon dont le IIIème Reich est parvenu à imposer sa dictature pendant douze ans.

Le parti national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP), créé en 1920, reste presque inexistant avant la crise de 1929, après son interdiction, en 1923, faisant suite à l'incarcération d'Adolf Hitler. C'est pendant cette période qu'Hitler commence par s'entourer d'une garde rapprochée de fidèles la SA puis la SS. Le but de ce parti est l'instauration d'une dictature, seule, selon lui, capable de reconstruire l'Allemagne et de lui permettre de retrouver sa place dans le concert des grandes nations en développant un gigantesque programme de conquêtes militaires nécessaires à son espace vital. Il va profiter de la crise pour convaincre de son efficacité et se débarrasser de toute opposition.

Les événements s'enchaînent alors : nomination d'Hitler au poste de chancelier, obtention des pleins pouvoirs, abolition des libertés fondamentales. Le 14 juillet 1933, le parti nazi est proclamé parti unique. L'Allemagne assiste alors à la montée en puissance des nazis et des mesures désastreuses sont prises : ségrégation raciale (on voit apparaître à cette époque le désir d'une "race pure"), destruction de livres jugés séditieux, adhésion obligatoire à la jeunesse hitlérienne… La dictature nazie s'impose par l'intermédiaire de ce régime autoritaire et par la terreur qui s'installe alors en Allemagne sous l'impulsion de la SS et de la gestapo, la police politique de l'Allemagne hitlérienne qui est en charge de l'arrestation des juifs et des opposants politiques.

Ce régime de peur que fit régner Hitler, s'est étendu aux territoires conquis au fur et à mesure des succès militaires de l'Allemagne nazie (République Tchèque et Pologne en 1939 ; Norvège, Pays-Bas, Belgique et France en 1940 ; Grèce en 1941) et permet de comprendre le climat dans lequel se trouvaient les populations soumises et ce qu'elles ont dû subir. C'est afin de mieux appréhender cette douloureuse période que nous avons entrepris un long périple sur des lieux de mémoires chargés d'histoire.

Dimanche 25 mars 2007

Le musée de la Topographie de la terreur

Nous avons commencé notre voyage sur les traces des enfants déportés à Auschwitz par une immersion dans l'histoire du nazisme, en nous rendant à Berlin, sur les lieux même où situaient les organes du pouvoir du IIIème Reich. Dans le quartier du prince Albert, à proximité de l'ancienne Chancellerie d'Hitler, se concentraient entre autres, les bureaux de la SS, des services secrets et de la Gestapo. Entre 1933 et 1945, c'est d'ici que les artisans de la "germanisation" et de l'extermination de masse ont tout planifié.

Ce musée à ciel ouvert s'attache à présenter les différentes institutions nazies, leur organisation, leurs structures, leur mode de fonctionnement et les conséquences inhumaines de leurs activités. A l'image de la SS par exemple qui était divisée en 3 parties :
-La SS Générale ou Allgemeine SS, composée des membres du parti et des membres des régiments de l'Allgemeine SS.
-La SS armée ou Waffen-SS qui regroupait l'organisation militaire de l'ensemble de la SS avec ses formations et unités de réserve, ses écoles et ses installations.
-Les Formations tête de mort ou SS-Totenkofverbände qui composaient principalement les unités de garde de camps de concentration.

Ici, la barbarie et l'horreur sont identifiables au travers d'une liste de noms et de visages tristement célèbres pour leur implication dans la Solution finale : Hitler, Himmler, Heydrich, Eichmann, Pohl…
Ce que les nazis ont appelé "solution finale", n'est que le terme d'un long processus entamé en 1935. La persécution des juifs commença avec la promulgation, par Hitler, d'un ensemble de lois antisémites qui cherchait à séparer les citoyens juifs des autres Allemands. L'Histoire a retenu ces lois sous le nom "des lois de Nuremberg" (nous aurons l'occasion d'en reparler un peu plus loin, puisque cette ville est à notre programme). Ces mesures visaient à rejeter les juifs de la communauté allemande, en les privant de leur citoyenneté et en interdisant les mariages mixtes entre "Aryens", c'est-à-dire des citoyens allemands réputés de "race pure" et juifs. Cette exclusion de la société s'accompagnait de brimades de toutes sortes comme le pogrom de la Nuit de cristal en 1938.

Dans la conception de l'univers nazi, les "sous-hommes", classification donnée aux juifs entre autres, devaient être éliminés par un moyen ou un autre. Cette recherche de la "pureté" de la race aryenne a donc conduit, les responsables nazis à rechercher les solutions les plus radicales : la déportation dans les territoires annexés, les exécutions de masse par les einsatzgruppen, puis les différents processus, comme l'opération "T4" ou les camions d'euthanasie, qui ont débouché sur l'ouverture des camps d'extermination.
Après la chute du régime nazi, ceux qui travaillaient dans cette organisation morbide auront beaucoup de mal à se justifier lors du procès de Nuremberg. Leur seule défense aura été de se cacher derrière une organisation si bien huilée et si bien cloisonnée pour pouvoir dire "on ne savait pas, ça ne dépendait pas de moi !"

Le plus terrible est de découvrir que cette gigantesque "entreprise" n'était pas dirigée par des membres lambda du parti nazi, fanatisés, qui obéissaient aveuglément aux ordres mais par des intellectuels et des scientifiques allemands qui ont adhéré à ces thèses racistes de leur plein gré. Certains d'entre eux ont occupé les plus hauts postes de l'organigramme de la terreur nazie. Certes, l'endoctrinement des foules et principalement des plus jeunes a été un élément clef du succès du régime nazi, mais il ne faut pas oublier que certains partageaient ces idées et ont mis leurs compétences au service d'une cause inhumaine en ayant conscience de leurs actes.

Après nous être intéressés au point de vue des bourreaux, nous avons cherché à en savoir plus sur les victimes. Certes nous n'ignorons pas que d'autres catégories de personnes ont été la cible de l'arbitraire nazi, comme les opposants politiques, les tziganes, les homosexuels et bien d'autre, mais la thématique de notre voyage étant centrée sur le sort d'enfants juifs, nous avons approfondi notre connaissance du judaïsme.

LE JÜDISCHES MUSEUM

Ce musée retrace 2 000 ans de présence de la culture juive en Allemagne. En parcourant les couloirs tortueux de cet espace, on s'imprègne d'une culture, d'une religion qui n'est pas si différente de la nôtre. Les collections présentées sont extrêmement riches et variées. Les livres et les objets liturgiques (arches et rouleaux de la Loi) succèdent aux documents historiques (tombes de soldats allemands juifs morts lors de la Première guerre mondiale). Les oeuvres d'art, les objets de la vie quotidienne (reconstitution d'un salle de classe du début du XXème siècle), les lettres et les photos d'Allemands célèbres ou anonymes témoignent de l'apport de la culture juive à l'Allemagne aussi bien sur les plans intellectuel, économique et culturel.

Ce retour dans le passé m'interpelle : comment une nation en est-elle arrivé à supprimer physiquement une partie des éléments qui la composait ? Comment la haine et l'obscurantisme ont-il pris le dessus sur la raison ?

Cette exposition rappelle également que la haine du juif n'est pas une création de l'Allemagne nazie. Les exemples sont nombreux à travers l'histoire que ce soit au Moyen Age avec l'interdiction faite aux juifs de posséder de la terre ou encore les pogroms en Russie au XIXème siècle.
Le nazisme a poussé cette haine à son paroxysme avec la mise en place de la "Solution finale à la question juive". Une haine que j'ai beaucoup de mal à comprendre en repensant au 24 enfants déportés à Auschwitz et dont le seul "crime" avait été de naître…

Ce musée est également intéressant par son architecture. L'architecte de ce bâtiment surprenant, Daniel Liebeskind, a voulu en faire une évocation de la shoah. Dès que l'on pénètre dans cet endroit, on est surpris par le désordre des couloirs et des salles. Cet agencement brouille nos repères, nous désoriente quelque peu, sans doute pour nous rappeler les années sombres sous le joug de l'Allemagne nazie.

Une pièce, met particulièrement nos sens en éveil, la salle du métal hurlant. Ici, obligés de marcher dans un couloir sombre, au sol jonché de disques de métal, notre progression sur ce tapis de visages qui semblent pleurer, n'est pas facile. Il faut assurer chacun de nos pas pour ne pas trébucher et cela dans un vacarme assourdissant. Le bruit cesse lorsqu'on atteint la pénombre au fond de la pièce, cela pour nous rappeler que dans les camps, après les cris et les larmes, l'inéluctable était la mort. Cette vision très contemporaine de la déportation réussit à nous mettre mal à l'aise.

Ce malaise s'accentue dans la salle de l'holocauste. On y entre par petits groupes. La lourde porte se referme immédiatement et l'on se retrouve plongé dans l'obscurité. Nous avons tous le même réflexe de nous adosser à un des murs froids et lever les yeux vers une minuscule meurtrière par laquelle on peut apercevoir un mince rayon de lumière.

On retrouve ce sentiment de malaise, non loin de là au mémorial de la Shoah à deux pas de la porte de Brandebourg. Ici, se dressent 2 711 stèles de béton gris anthracite, larges de 95 centimètres, longues de 2,38 mètres et d'une hauteur variable pouvant atteindre jusqu'à 4,70 mètres, le tout repose sur un sol bosselé qui gène la marche dans ce dédale. Cette multitude de pierres brouille nos repères. On a le sentiment d'être perdu, jusqu'au moment où l'on retrouve un visage connu, au détour d'une allée. Ici aussi, l'art contemporain nous fait replonger sur la place d'appel de n'importe quel camp de concentration parmi des déportés subissant les appels interminables du matin ou du soir.

En une journée, nous sommes entrés de plein pied dans la thématique du voyage et nous commençons à entrevoir ce que va être la journée de mardi à Auschwitz.

Lundi 26 mars 2007

La maison de la conférence de Wannsee

Notre exploration du temps se poursuit dans l'endroit où fut planifiée et organisée l'extermination des Juifs d'Europe, dans les environs de Berlin.

Notre guide revient sur l'organisation et le choix de cet endroit et sur les personnes qui étaient présentes. Cette réunion, qui s'est tenue le 20 janvier 1942, était présidée par Reinhardt Heydrich, le chef des services de sécurité et second de la SS. Il invita une quinzaine de hauts responsables civils et militaires du IIIème Reich pour décider de l'extermination des juifs. Cette réunion au sommet était un peu particulière car ni Hitler ni ses proches collaborateurs (Himmler et Goering) n'étaient là. Les ministres, les membres de la SS et de la gestapo y furent informés, pour ceux qui l'ignoraient encore de l'organisation administrative, technique et économique de la solution finale à la question juive, c'est-à-dire l'extermination de tous les juifs d'Europe.

En effet, les déportations avaient déjà commencé, avant cette conférence, entraînant la mort de nombreux juifs après des conditions de vie inimaginables. De plus, les premiers camps de la mort étaient déjà installés et la technique du gazage avait déjà été essayée avec les fours crématoires qui effaçaient toutes traces des crimes. La conséquence de cette réunion fut une accélération notable du Génocide et une recherche constante "d'efficacité", si l'on se réfère aux critères des bourreaux. Une seule copie de compte-rendu a été retrouvée sur les trente créées.

La conférence de Wannsee était donc un moyen pour Heydrich d'exposer les événements futurs et d'obtenir l'accord et surtout la coopération de tous les participants. Cette réunion était également un moyen pour Hitler d'affirmer sa puissance. Au final, la conférence a duré moins de deux heures et la décision fut presque unanime en tous points.
Les nombreux documents présents dans la maison de Wannsee donnent une image du génocide, que ce soit par les photos des exactions de la SS dans les territoires conquis à l'est ou par les dessins illustrant le quotidien des déportés dans les camps. Ils constituent des preuves irréfutables des événements exacts qui se déroulés à cette époque. Un leitmotiv revient sans cesse dans la doctrine prônée par Hitler : "la pureté de la race". On retrouve les mêmes tableaux qu'au musée de la topographie de la terreur établissant qui est aryen ou non en fonction de ses ancêtres. A l'opposée la classification comme juif était rigoureuse. Pour être considéré comme juif il fallait avoir un juif dans sa famille au second degré ce qui montre la minutie avec laquelle s'opéraient ces décisions de ségrégation raciale.
Si au départ, un projet de déporter les juifs sur l'île de Madagascar ou en Sibérie avait été élaboré, c'est l'idée d'internement qui a été jugée plus réaliste. Lors de cette conférence, il a été mis en évidence le nombre exact de juifs à prendre en considération : 11 millions ce qui souligne l'ampleur du génocide.

Dans un premier temps les camps ne furent que des camps de concentration. L'un des premiers celui de Buchenwald atteignit un triste record de 4 000 morts par mois tellement les conditions de vie et de travail s'avéraient insoutenables. Mais les désastreuses opérations nazies ne s'arrêtèrent pas et empirèrent même. Pour poursuivre le projet d'instaurer une "race pure" les camps d'extermination virent le jour , tels qu'Auschwitz dont la visite marque à jamais.

Mardi 27 mars 2007

 

Le camp d'Auschwitz Birkenau

A l'approche de cet endroit, chacun se remémore les témoignages, les photos ou les films qui parlent de ce camp. Nous nous sommes tous fait une représentation du lieu, mais le fait d'y être, de passer sous le portail, de longer les baraques numérotées, tout est différent. Le silence qui entoure ce lieu, nous sommes nombreux et pourtant tout est calme, seule notre guide rompt le silence de temps à autre pour nous raconter l'histoire d'Auschwitz Birkenau.
C'est en avril 1940 que s'effectua, sous l'ordre de Heinrich Himmler, la construction du plus grand et du plus tristement célèbre camp de concentration et d'extermination.

Le premier théâtre des événements tragique, que nous connaissons tous est un camp de travail de six hectares, Auschwitz I. Construit à l'aide de bâtiments de la Première Guerre Mondiale, il était au départ constitué de 20 bâtiments d'un étage chacun. L'ampleur de la macabre entreprise des Nazis les contraignit à agrandir les infrastructures pour atteindre le nombre de 28 bâtiments à deux étages. Les déportés (à savoir des Juifs, des Polonais, des prisonniers allemands et russes, des Tziganes…) étaient conduits jusqu'ici par convoi ferroviaire, transport qu'ils étaient contraints de payer eux mêmes et qui s'effectuait dans des conditions extrêmes.

Le tragique sort qui les attendait leur était caché dans le but d'éviter toute révolte, ceux-ci étant persuadés qu'ils travailleraient essentiellement. Cette abominable manipulation était poussée jusqu'à son paroxysme avec le célèbre message ornant l'entrée du camp "Arbeit macht frei" (Le travail rend libre), La seule issue était en réalité la mort.

Il est aujourd'hui possible de voir des tonnes d'effets personnels de la vie quotidienne enlevés aux victimes comme des lunettes, des valises. Réaliser que derrière chaque objet se cachait une âme est particulièrement éprouvant.
Comment ne pas se s'indigner en voyant des habits d'enfants qui devaient avoir à peine deux ans…

La discipline était de fer et tout écart durement sanctionné. Les punitions étaient multiples, les détenus pouvant être entassés à quatre des nuits entières dans des cellules de 90 centimètres de côté et dont l'accès était seulement possible par une minuscule trappe. Seul un trou presque inexistant assurait l'arrivée nécessaire d'oxygène. Ceux qui dérogeaient à toute autre règle pouvaient être attachés, par les poignets, à des poteaux de bois pendant des heures.
Juste en face de ceux-ci un tribunal décidait les condamnations à mort, les procès ayant une durée moyenne de deux minutes. Les sentences étaient appliquées immédiatement par fusillade contre un mur d'exécution, à quelques pas du cabinet du docteur Mengele, tristement célèbre pour les abominables expériences qu'il pratiquait sur les détenus. Il n'y eut qu'un seul évadé depuis l'intérieur du camp.

Les hommes qui avaient été sélectionnés après examen visuel, par des médecins suivant leurs compétences et leur état de santé, étaient affectés à différentes tâches. Ceux qui possédaient un métier avaient plus de chances de s'en sortir, travaillant alors directement au camp et évitant ainsi d'éprouvantes marches souvent fatales. Lors de chaque départ pour les commandos extérieurs, un orchestre de prisonniers jouait pour marquer le rythme, et toute personne montrant des signes de faiblesses était abattue en cours de route. Les détenus partant au travail étaient régulièrement comptés lors d'interminables appels dont le plus long a duré 19 heures au mois de juillet 1940.
Tel était le quotidien à Auschwitz I.

Seulement, l'ampleur du massacre était telle que les infrastructures s'avérèrent insuffisantes. En 1941, eut lieu la construction d'Auschwitz II, ou Birkenau à 3 kilomètres plus loin. Celui-ci est beaucoup plus grand, à raison de 175 hectares et d'une capacité maximale de 200 000 détenus. 4 000 incinérations pouvaient être réalisées par jour. Il ne s'agit plus ici d'un camp de travail, mais d'un camp d'extermination.

Le réseau ferroviaire très dense s'avançait jusqu'aux chambres à gaz. Les trains pénétraient alors à l'intérieur même d'Auschwitz II, les prisonniers débarqués sur des plates-formes et une impitoyable sélection avait alors lieu. Les familles étaient séparées, femmes et enfants étant directement conduits aux chambres à gaz, lieux de souffrances atroces.

On procédait tout d'abord au déshabillage, les SS voulant éviter tout mouvement de panique et faisant croire aux innocentes victimes qu'elles prendraient une simple douche. Les impardonnables bourreaux jetaient alors des cristaux de Zyklon B (auparavant utilisés pour la désinfection) qui se transformaient en gaz assassin.

La mort était alors extrêmement douloureuse et abominablement longue, venant au bout d'environ vingt minutes. L'atmosphère est aujourd'hui encore insupportable dans ces pièces morbides, et l'on remarque les traces laissées sur les murs par des victimes que l'on peut imaginer poussant un dernier cri de souffrance. Après la volatilisation du gaz, les bagues et les dents en or étaient retirées aux corps, les cheveux des femmes coupés. Ceux-ci étaient utilisés par la suite pour faire des tapis et diverses couvertures.
Le tout, stocké dans des bâtiments appelés Canada (dans l'entre deux guerres, ce pays représentait pour beaucoup l'opulence), était envoyé en Allemagne et vendu. Une autre partie était donnée à l'armée, comme les vêtements, les chaussures. Après cette opération, les dépouilles mortelles étaient conduites vers les cinq fours crématoires du camp. Les cendres étaient par la suite dispersées dans les rivières ou les champs.

Une période de quarantaine était nécessaire pour les sélectionnés. Deux baraques sanitaires étaient accessibles seulement le matin et le soir, l'hygiène déplorable et les maladies omniprésentes comme les diarrhées ou le typhus. 52 écuries à chevaux ont été transformées en baraques d'habitation pour 400 personnes. Le sol était fait de terre battue et de marécages, les isolations inexistantes (ce qui est impensable lorsqu'on sait que les températures dans cette région polonaise pouvaient atteindre -25 °C en hiver). Deux personnes logeaient à chaque étage des châlits. Le sadisme des nazis était omniprésent, car il existait bien un système de chauffage composé de deux cheminées reliées par un tuyau, mais il n'y avait pas de combustible pour l'alimenter. Les femmes accouchaient souvent sur cet endroit avant que l'on n'assassine leurs nourrissons. Les Nazis leur ont par la suite laissé la vie pour réaliser d'abominables expériences. Les conditions de vie étaient alors extrêmes, inhumaines.

Relativement moins connu, Auschwitz III était une usine de chimie et de munitions. Primo Lévi, auteur célèbre de Si c'est un homme ainsi que Serge Smulevic (condamné pour résistance) y travaillèrent dans le même bâtiment. Les femmes exploitées à cet endroit ont héroïquement volé de la poudre en 1944 lors d'un mouvement de résistance. Elle permit aux hommes détenus dans le camp de faire exploser un four crématoire.

C'est en janvier 1945 qu'intervint la libération russe. Les Nazis détruisirent les bâtiments Canada, les chambres à gaz et les crématoires pour masquer les preuves.
Un mémorial construit au cours des années 1960 rappelle aujourd'hui les crimes commis. 1 500 000 Juifs ont été assassinés. Parmi eux, 76 000 Français dont plus de 11 000 enfants. 69 000 d'entre eux l'ont été à Auschwitz. Seuls 2 500 sont revenus, soit moins de 4 %. 3 000 résistants furent déportés à Auschwitz, seuls 969 ont été sauvés.

Se rendre à Auschwitz, pour ne pas oublier, est une étape indispensable dans une vie humaine pour chacun pouvant se le permettre. Voir le lieu certainement le plus sordide que l'homme ait pu créer dans le seul et unique but de perpétuer le Mal pousse incontestablement chaque visiteur à se poser de nombreuses questions.

Samedi 31 mars 2007

Le musée de Nuremberg

Nous avons bouclé la boucle de notre voyage à l'endroit où tout avait commencé et où tout s'est terminé : Nuremberg. Dans cet espace marqué à jamais par l'empreinte du nazisme, l'Allemagne a osé regarder son passé en face et nous présente, dans le centre de documentation, une exposition remarquable sur la ville de Nuremberg et de l'Histoire de l'Allemagne nazie de 1919 à 1945.

Adolf Hitler avait choisi cette ville,"la plus allemande des villes allemandes", selon lui, pour y tenir chaque année le congrès de son parti, en raison de sa situation géographique au centre de l'Allemagne et en partie pour son excellent réseau de chemins de fer.
Les congrès nazis étaient des manifestations traditionnelles par lesquelles le parti glorifiait l'œuvre qu'il avait accomplie. Durant une semaine, près d'un million de personnes se rassemblait, pour assister à de gigantesques défilés et parades militaires, ou para-militaires comme l'Arbeit Dienst (le service du travail).

Les photos de ces grandes messes païennes se succèdent, pour témoigner de ce qu'à pu être le culte de la personne du Führer. Si la multitude de la foule est impressionnante, la liesse que l'on peut lire sur les visages l'est tout autant. Devant ces milliers d'hommes, de femmes et d'adolescents le bras droit tendu en signe de salut (voire de soumission) et les yeux exorbités, une remarque me vient aussitôt à l'esprit : Trop ! Beaucoup trop de victimes de l'obscurantisme et du fanatisme. Il est terrifiant de voir que dans cette atmosphère enfiévrée le rationalisme s'est totalement effacé devant la puissance de l'effet de groupe. Ainsi il est primordial de développer son esprit critique et ce en toutes circonstances.

Le ministre de la propagande d'Hitler, Goebbels, avait parfaitement compris l'importance de l'image à une époque où le seul moyen d'information de masse était le cinéma. Toutes les prestations du führer étaient parfaitement orchestrées et mises en scènes notamment par Leni Riefenstahl. Nous prenons le temps de nous asseoir un moment pour voir des extraits d'un de ses film" Le Triomphe de la volonté ou la mise en scène du modèle parfait et absolu du nazisme". Il s'agit d'un des premiers films réalistes pour l'époque. Grâce aux différentes prises de vues et aux gros plans, les spectateurs en salle pouvaient avoir l'impression de participer pleinement au congrès, comme des visiteurs virtuels, ce qui était une révolution pour l'époque.

Le temple de la puissance nazie qui a abrité les congrès du Parti nazi et qui a vu la promulgation des "lois de Nuremberg ", fondement des mesures d'exclusion a été choisi par les alliés, lors de la capitulation de l'Allemagne le 8 mai 1945, pour installer symboliquement le tribunal chargé de juger les crimes et les criminels de guerre. Outre la symbolique c'est n'était qu'à Nuremberg que se trouvait un Palais de Justice d'une taille suffisante, à l'époque, qui n'avait été pratiquement pas endommagé par les bombardements et disposant d'un atout supplémentaire : une prison intacte, à proximité.

Officiellement ouvert le 18 octobre 1945, le procès s'est tenu du 14 novembre 1945 au 1er octobre 1946, devant un tribunal militaire international composé de représentants des quatre vainqueurs de la seconde guerre mondiale : les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l'URSS et la France. L'ambition du procès est aussi de contribuer à "dénazifier" l'Allemagne, et de fonder un nouveau droit international.
L'idée de punir les criminels de guerre avait été lancée dès 1941 par le Premier Ministre britannique, Winston Churchill "Le châtiment des crimes" nazis "doit être désormais, l'un des objectifs de cette guerre ". En octobre 1942, alors que le conflit est devenu mondial, Londres et Washington souhaitaient créer une commission d'enquête sur les crimes de guerre. Un an plus tard, le 30 octobre 1943, la déclaration de Moscou, signée conjointement par Churchill, Staline et Roosevelt, ajoutait que les responsables d'atrocités "dont les forfaits n'ont pas de localisation géographique particulière seront considérés comme grands criminels de guerre". Lors de la conférence de San Francisco, en juin 1945, qui vit la création de l'ONU, les vainqueurs décidèrent que ces "grands criminels" seraient jugés par un tribunal international.
Les débats furent vifs sur la nature du procès. Les Américains voulaient un procès public, les Anglais et les Français défendaient l'idée d'un procès à huis-clos, les Russes prônèrent l'exécution sommaire et sans procès de 50 000 criminels de guerre. Finalement, c'est la conception américaine qui l'emporta.

Les principaux chefs nazis furent accusés de "crimes contre l'humanité", concept forgé en 1919 à propos du génocide arménien et repris avec force au procès de Nuremberg, de crimes contre la paix, de crimes de guerre et de génocide. 6 organisations nazies et 24 dignitaires nazis figuraient au banc des accusés, dont Hermann Göring, maréchal du Reich et commandant en chef de l'aviation, Rudolf Hess, adjoint du Führer jusqu'en 1941, Joachim von Ribbentrop, ministre des affaires étrangères, Alfred Rosenberg, ministre des territoires occupés de l'Est ; Wilhelm Keitel, feld-maréchal et chef du haut commandement des forces armées (OKW) et Ernst Kaltenbrunner, chef de la police de sécurité.

Les sentences furent rendues le 1er octobre 1946 : 12 condamnations à mort par pendaison (Hermann Göring, Ernst Kaltenbrunner, Julius Streicher, Hans Frank, Wilhelm Frick, Alfred Jodl, Wilhelm Keitel, Joachim von Ribbentrop, Alfred Rosenberg, Fritz Sauckel, Arthur Seyss-Inquart et Martin Bormann (par contumace).
Ils furent exécutés à Nuremberg le 16 octobre 1946, sauf Hermann Göring qui s'était suicidé la veille dans sa cellule. Rudolf Hess, Walter Funk (libéré en 1957) et Erich Raeder (libéré en 1955) ont été condamnés à la prison à vie (prison de Spandau). Albert Speer et Baldur von Schirach furent condamnés à une peine de 20 ans de prison et seront libérés en 1966. Constantin von Neurath a été condamné à 15 ans de prison. Il sera gracié en 1954. Karl Dönitz fut condamné à 10 ans de prison et sera libéré en 1956. Hjalmar Schacht, Franz von Papen et Hanz Fritzsche ont été acquittés.

L'extermination des juifs constitua l'essentiel des crimes contre l'humanité abordés et des pièces produites pendant le procès. Les accusés se défendaient toujours de la même manière en ne niant pas le crime, mais en disant l'avoir ignoré.

Ce procès nécessaire à la suite des faits connus ou révélés, laissait cependant des questions sans réponses. Le cas des responsables nazis qui avaient réussi à fuir. Le problème de l'impartialité fut soulevé par la défense puisque ce procès plaçait les vainqueurs en juges. En effet, la victoire ne doit pas occulter les exactions commises dans le camp allié, je pense notamment au drame de Katyn, où 4 500 officiers polonais furent exécutés par l'armée rouge. Et que dire du prix payé par les populations civiles pendant ces 7 années de guerre.

 

Conclusion

Tant d'images me reviennent à l'esprit en repensant à ces lieux symboliques de la Seconde Guerre Mondiale. Je me doutais un peu de ce que j'allais voir là-bas, mais le fait d'y être change totalement la perception des choses. Les chiffres de la déportation, en dépit de leur ampleur, restent souvent abstraits, mais lorsqu'on se retrouve à Birkenau, ils prennent une tout autre ampleur. Ils nous reviennent en pleine figure. Le gigantisme du camp, les alignements de baraques à perte de vue, les châlits, les rails et les crématoires sont autant d'éléments qui permettent de réaliser ce qu'il s'est passé ici. Une chape d'horreur plane toujours sur cet endroit, comme dans tous les lieux qui ont été dans l'ombre du nazisme. Ce malaise se ressent également à Nuremberg et dans les grands temples païens à la gloire d'Hitler, comme si les échos de ses discours haineux avaient marqué à jamais les murs de pierres et de briques.

Après avoir vu tout ceci, on se doit de perpétuer la mémoire ce qui s'est passé, il y a 60 ans. Par notre contribution à la réalisation de la stèle des 24 enfants juifs raflés en 1942, nous avons travaillé pour que les Landais n'oublient pas ce qu'a été la Shoah. Ce monument destiné à interpeller la curiosité des passants, permettra à chacun d'œuvrer pour la mémoire de ces enfants et de tous ceux qui n'ont jamais retrouvé la liberté.

Aymeric Mano

 

 


Compte-rendu d'un voyage de mémoire effectué en 2007 par une classe du Lycée Victor Duruy sur les lieux du souvenir

par Aymeric Mano

en partie financé par l'ONAC,
par le Souvenir Français Paris
et le Souvenir Français des Landes

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2007

 

 

 

 

 

Le représentant de l'ONAC
Le professeur du Lycée Victor Duruy
Les deux élèves de la classe qui a effectué le voyage.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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